Réponse rapide
ViDA a été adopté le 11 mars 2025 et est entré en vigueur le 14 avril 2025, mais il s'applique par cinq séries d'amendements distinctes prévues par la directive (UE) 2025/516 du Conseil. Une partie est déjà en vigueur : depuis avril 2025, un État membre peut imposer la facturation électronique domestique sans demander de dérogation à la Commission. La règle marketplace s'élargit le 1er janvier 2027, l'immatriculation TVA unique et les règles plateformes pour l'hébergement et le transport de passagers démarrent le 1er juillet 2028, et la déclaration numérique européenne avec facturation électronique structurée obligatoire pour le B2B transfrontalier suit le 1er juillet 2030, avec une échéance finale de convergence au 1er janvier 2035.
Ce qu'est réellement la TVA à l'ère numérique
ViDA, c'est une seule directive : la directive (UE) 2025/516 du Conseil, adoptée le 11 mars 2025, publiée au Journal officiel le 25 mars 2025 et en vigueur depuis le 14 avril 2025. Elle porte trois piliers : les obligations de déclaration numérique avec facturation électronique, de nouvelles règles TVA pour l'économie des plateformes, et l'immatriculation TVA unique.
Si tant de commentaires se contredisent, c'est pour une raison structurelle. La directive est construite en cinq blocs d'amendements distincts, chacun avec sa propre date d'application : l'article 1er dès l'entrée en vigueur, l'article 2 au 1er janvier 2027, l'article 3 au 1er juillet 2028, l'article 4 au 1er juillet 2029 et l'article 5 au 1er juillet 2030. Un article qui affirme que ViDA démarre en 2028 décrit un bloc et en ignore quatre.
Cet étalement compte commercialement, car les piliers touchent des entreprises différentes. Une marketplace de biens est concernée en 2027, un vendeur ayant du stock dans plusieurs pays en 2028, une plateforme de voyage en 2028 ou 2030, et pratiquement toute entreprise réalisant des livraisons B2B transfrontalières en 2030.
L'erreur fréquente
Traiter ViDA comme une échéance future unique. Une partie s'applique depuis avril 2025, et le dernier volet a une clause de sauvegarde en 2035. Il n'y a pas une seule date à retenir.
Ce qui a déjà changé en avril 2025
La partie la plus discrète de ViDA est celle qui a déjà transformé l'Europe. L'article 1er a ajouté un paragraphe à l'article 218 de la directive TVA autorisant les États membres à imposer aux assujettis établis sur leur territoire l'émission de factures électroniques pour leurs opérations internes. Une modification correspondante de l'article 232 fait que ces factures ne nécessitent plus l'acceptation du destinataire.
Auparavant, un État membre souhaitant imposer la facturation électronique domestique devait demander une dérogation à la Commission et attendre une décision d'exécution du Conseil. Cette exigence a disparu, et les États membres ont pu appliquer ce changement dès le 14 avril 2025. C'est la raison juridique pour laquelle les obligations nationales ont pu être programmées aussi vite dans toute l'UE.
La France en est la meilleure illustration, et c'est là que le travail concret se joue aujourd'hui, pas en 2030. La seule détention d'un numéro de TVA français ne place pas une entreprise étrangère dans le champ. Le calendrier national compte lorsqu'elle réalise des opérations situées en France dont elle est redevable, ou certaines acquisitions intracommunautaires et opérations côté acheteur soumises à autoliquidation : voir l'e-reporting France pour les entreprises étrangères pour les dates de démarrage de 2026 et 2027 et le périmètre concerné.
L'article 1er a aussi resserré le régime à l'importation. Il impose à la Commission d'adopter un acte d'exécution reliant le numéro unique d'envoi au numéro de TVA IOSS, une mesure anti-fraude visant l'usage abusif des numéros IOSS sur les importations de faible valeur.
Le calendrier ViDA complet
Le tableau ci-dessous rassemble tout le programme, y compris les volets qui sortent des règles marketplace. Les dates proviennent de la directive elle-même et de son article de transposition, et non de commentaires au stade de la proposition, qui décrivaient un calendrier différent et plus précoce avant l'accord sur le texte final.
| Date | Ce qui s'applique | Qui est concerné |
|---|---|---|
| 14 avril 2025 | Les États membres peuvent imposer la facturation électronique domestique sans dérogation et supprimer l'acceptation du destinataire | Toute entreprise vendant dans un État membre qui utilise cette option. Déjà en cours. |
| 1er janvier 2027 | Élargissement du côté client de la règle du fournisseur présumé de l'article 14 bis, plus des ajustements OSS et IOSS | Les marketplaces de biens et les vendeurs hors UE qui y opèrent. |
| 1er juillet 2027 | Rapport d'évaluation de la Commission sur le fonctionnement de la règle du fournisseur présumé | Toute structure qui dépend des frontières actuelles de cette règle. |
| 1er juillet 2028 | Immatriculation TVA unique : régime de transfert de biens propres, OSS élargi, autoliquidation obligatoire de l'article 194 | Les entreprises détenant ou déplaçant du stock dans plusieurs États membres. |
| 1er juillet 2028, reportable au 1er janvier 2030 | Fournisseur présumé pour les plateformes de location de courte durée et de transport routier de passagers | Les plateformes de voyage et de mobilité, et les hôtes et chauffeurs qui y opèrent. |
| 30 juin 2029 | La simplification des stocks sous contrat de dépôt de l'article 17 bis cesse totalement | Toute entreprise s'appuyant encore sur ces arrangements. |
| 1er juillet 2030 | Obligations européennes de déclaration numérique, facturation électronique structurée par défaut, délai de facturation de 10 jours | Toute entreprise réalisant des livraisons B2B transfrontalières dans l'UE. |
| 31 mars 2033 | Rapport d'évaluation intermédiaire de la Commission sur la facturation électronique et la déclaration numérique | Un point d'étape susceptible de redessiner la suite. |
| 1er janvier 2035 | Les États membres disposant d'un système national de déclaration antérieur à 2024 doivent avoir convergé vers les règles européennes | Les entreprises situées dans les pays ayant bâti leur propre système d'abord, dont la France. |
Les dates d'application sont fixées par l'article 6 de la directive (UE) 2025/516. Chaque bloc doit être transposé avant sa date.
Le pilier économie des plateformes, 2028 ou 2030
Un nouvel article 28 bis fait de la plateforme le fournisseur présumé des locations d'hébergement de courte durée, définies comme la location ininterrompue à une même personne pour un maximum de 30 nuitées, et du transport routier de passagers. La plateforme est réputée avoir reçu et fourni le service elle-même, et acquitte donc la TVA.
Il existe une échappatoire importante. La règle ne s'applique pas lorsque le prestataire sous-jacent communique à la plateforme un numéro de TVA de l'État membre où la prestation est située, ou un numéro attribué au titre des régimes particuliers, et déclare qu'il acquittera la TVA due. Autrement dit, la mesure vise la longue traîne non taxée d'hôtes et de chauffeurs particuliers, plutôt que les opérateurs professionnels déjà dans le système. Les États membres peuvent aussi imposer à la plateforme de valider ce numéro, et exclure les prestations relevant du régime des petites entreprises.
Deux dispositions d'accompagnement assurent la cohérence du mécanisme : l'article 136 ter exonère la prestation du prestataire sous-jacent à la plateforme, et l'article 172 bis empêche ces prestations présumées de dégrader le droit à déduction de la plateforme. Les États membres peuvent appliquer le régime à partir du 1er juillet 2028 et doivent l'appliquer au plus tard le 1er janvier 2030 : une période à deux vitesses dans l'UE n'est donc pas seulement possible, elle est prévue.
Il s'agit d'un régime de services, régulièrement confondu avec la règle sur les biens applicable aux marketplaces, qui relève d'un autre article de la directive et s'applique depuis 2021. Si votre question porte sur des biens physiques vendus via Amazon, eBay ou similaires, la règle pertinente figure dans la TVA des marketplaces et le fournisseur présumé.
Immatriculation TVA unique, 1er juillet 2028
C'est le pilier à la valeur commerciale la plus directe pour les vendeurs transfrontaliers. Un nouveau régime particulier de transfert de biens propres exonère l'acquisition intracommunautaire dans l'État membre de destination et, nonobstant l'article 214, paragraphe 1, ne crée expressément pas d'obligation d'immatriculation. Pour une entreprise qui déplace son propre stock en Europe, cela supprime la première cause d'immatriculations supplémentaires.
En parallèle, l'article 194 modifié rend l'autoliquidation obligatoire : lorsqu'un fournisseur n'est ni établi ni identifié à la TVA dans l'État membre où la taxe est due et que le client y est déjà identifié, le client devient redevable. Les États membres peuvent étendre plus largement l'autoliquidation pour les fournisseurs non établis. L'OSS Union est également élargi à davantage d'opérations, dont les livraisons internes réalisées par des entreprises non établies.
Ce sont les conditions qui déterminent la valeur réelle. Le régime est optionnel mais s'applique à tous les transferts couverts une fois choisi. Il ne couvre pas les transferts de biens sans droit à déduction intégral dans le pays de destination. La TVA supportée dans les pays de départ et d'arrivée se récupère via les directives remboursement plutôt que via la déclaration du régime. Toute immatriculation exigée par une autre activité, comme une importation ou une vente locale, subsiste. Et la simplification des stocks sous contrat de dépôt de l'article 17 bis se ferme aux nouveaux mouvements après le 30 juin 2028 et prend fin le 30 juin 2029.
La préparation concrète consiste à inventorier la raison d'être de chaque immatriculation existante. Nous menons ce travail avec les vendeurs dans si Amazon collecte la TVA, faut-il encore une immatriculation ?, qui distingue les immatriculations que 2028 peut clôturer de celles qu'il ne peut pas.
Déclaration numérique et facturation électronique, 1er juillet 2030
Le bloc 2030 est le changement le plus lourd du paquet et le moins commenté, parce qu'il est le plus lointain. Il remplace les états récapitulatifs périodiques par une déclaration au niveau de la transaction et fait de la facturation électronique structurée la norme par défaut pour les opérations concernées.
L'article 217 révisé définit la facture électronique comme une facture émise, transmise et reçue dans un format électronique structuré permettant son traitement automatisé, et l'article 218 impose que les factures soient émises sous forme électronique, conformes à la norme européenne issue de la directive 2014/55/UE. Un PDF envoyé par e-mail n'est pas une facture électronique à ce titre.
Deux détails opérationnels feront mal à ceux qui s'y prendront tard. Selon l'article 222 révisé, les factures relatives aux livraisons intracommunautaires et aux opérations pour lesquelles le client est redevable doivent être émises au plus tard 10 jours après le fait générateur. Selon l'article 263 révisé, les données sont transmises pour chaque transaction individuelle au moment où la facture est émise ou aurait dû l'être, et non dans un état périodique.
C'est le dispositif de sanction qui rend l'ensemble sérieux. L'article 138, paragraphe 1 bis, modifié refuse l'exonération d'une livraison intracommunautaire lorsque le fournisseur n'a pas respecté l'obligation de communication, ou lorsque les données transmises sont incorrectes, sauf justification auprès des autorités. L'article 168 permet également aux États membres de conditionner le droit à déduction du client à la détention d'une facture électronique conforme. Les défaillances déclaratives cessent d'être une question de pénalité pour devenir une question de TVA due.
Les États membres peuvent en outre imposer une déclaration numérique domestique au titre de l'article 271 bis, en limitant son champ à certains assujettis ou à certaines opérations. Ceux qui disposaient déjà d'un système national de déclaration en temps réel au 1er janvier 2024, ou d'une autorisation en ce sens, ont jusqu'au 1er janvier 2035 pour converger vers les règles européennes. La Commission doit remettre un rapport d'évaluation intermédiaire au plus tard le 31 mars 2033.
Que faire dès maintenant face à ViDA
Rien dans les blocs 2028 et 2030 n'impose d'agir ce trimestre, mais deux points le font. Le premier : toute obligation nationale de facturation électronique qui vous vise déjà, puisque celles-ci fonctionnent aujourd'hui grâce au changement d'avril 2025. Le second : la modification marketplace de 2027, si vous vendez des biens via des plateformes.
Le reste est un exercice de planification, et les entreprises pour lesquelles 2028 sera simple sont celles qui commencent l'inventaire des immatriculations en 2026 et non en 2028. Pour les cabinets et les agences, cet inventaire est aussi là où le conseil se déplace : de l'ouverture d'immatriculations vers la décision de celles qui restent juridiquement nécessaires. Nous travaillons avec les partenaires et cabinets prescripteurs précisément sur ce point.
Pour faire cartographier votre situation face à ces dates, contactez notre équipe TVA avec votre entité, vos pays de stock, vos canaux de vente et vos immatriculations existantes.
- Vérifiez si une obligation nationale de facturation électronique vous vise déjà, en commençant par les pays où vous êtes immatriculé.
- Si vous vendez des biens via des marketplaces, examinez quelles ventes basculent vers la plateforme au 1er janvier 2027.
- Consignez, pour chaque immatriculation détenue, l'opération qui l'exige réellement. Cette liste est votre plan de radiation pour 2028.
- Demandez à votre éditeur ERP ou de facturation quand il prendra en charge la norme européenne de facturation électronique, et pas seulement des PDF par e-mail.
- Si vous utilisez des stocks sous contrat de dépôt, prévoyez leur remplacement avant le 30 juin 2029.
Official sources
Last reviewed 11 août 2026. Rules and operational procedures can change, so confirm the current position for your exact products and sales flows.
- Directive (UE) 2025/516 du Conseil du 11 mars 2025 sur la TVA à l'ère numérique
- Directive 2006/112/CE, texte consolidé : articles 14 bis, 17 bis, 194, 217, 218, 222 et 263
- Commission européenne : la TVA à l'ère numérique
- Règlement d'exécution (UE) 2026/1869 de la Commission sur les régimes particuliers de TVA
- Commission européenne : notes explicatives e-commerce et lignes directrices OSS